J+80 Retour des vents bienfaiteurs après 80 jours de mer

80 jours seul sur l’océan … une éternité ou un simple intermède dans l’existence ? Selon que l’on se place dans la peau d’un marin encore en mer ou dans celle d’un autre marin de retour à terre depuis déjà quelques temps, cette notion de temps n’a plus la même signification. Et pourtant, même dévoré par l’impatience incommensurable de retrouver les siens, les sentiments peuvent être ambigus, on imagine mal que dans quelques jours, la vie sera complètement différente, dans un monde de repères fixes auxquels il conviendra de s’habituer à nouveau, non sans un peu de mal de terre. Pour Patrice Maciel et Gérard Marie, les deux rameurs encore au Large, cette expérience est d’ores et déjà pleine de sens et tranche singulièrement avec tout ce qu’ils avaient pu vivre auparavant. Ils savourent la perspective de l’instant où ils retrouveront la terre ferme mais restent néanmoins prudents, ils savent mieux que quiconque que l’univers qu’ils traversent peut encore leur réserver quelques ultimes surprises tels ces grains énormes qui les accompagnent désormais depuis plusieurs jours, les obligeant à se blottir au fond de leur bateau pour le stabiliser avec l’espoir que la houle levée ne vienne pas retourner leur bateau. Dans ces moments de tourmente heureusement orientés dans le bon sens, le GPS s’affole et peut annoncer des pointes de vitesse au-delà de 5 nœuds. Même l’arrivée ne sera pas de tout repos.

Rames Guyane J+80

Pour Patrice, les dernières heures ont été difficiles, il a dû poser l’ancre à moins de 15 milles des côtes orientales du Cap Orange (Brésil) contre lesquelles un fort vent de Nord-Est le poussait inexorablement en l’empêchant de remonter au Nord et de dépasser le cap. Ces mauvais coups de l’océan seraient largement de nature à décourager plus d’un marin mais Patrice en aura vu bien d’autres depuis son départ de Dakar et il en faudrait maintenant davantage pour le décourager. Avec les conseils aussi précieux que pertinents de Charly son routeur, il aura patiemment attendu le retour de vents bienfaiteurs. Au 80ème lever du jour sur l’étrave de son bateau, les vents annoncés étaient là et il a pu reprendre à près de 3 nœuds le chemin de la Guyane qu’il espère atteindre demain soir ou jeudi matin.

 

Complètement échappé du maelström qu’il a formidablement bien traversé, laissant derrière lui un formidable sillage, comme une signature au nom de tous les rameurs qui y ont enduré de telles souffrances, Gérard file à présent parfois à près de 4 nœuds cap droit vers les îles du Salut. Il s’étonne lui-même d’être encore là après 80 jours de mer alors que sa plus longue expérience jusqu’alors était de 27 jours entre les Antilles et les Açores, une navigation à la voile qu’il avait déjà trouvée longue. Tapi au fond de son bateau au passage des grains, ses pensées lui transpercent l’esprit à gros débit, il se souvient notamment de son ancienne vie de stewart alors qu’il traversait l’Atlantique entre Dakar et Rio à bord du Concorde à la plus grande vitesse possible, fier d’être un des rares humains à avoir parcouru les mêmes espaces de la façon la plus rapide et la plus lente qui puisse être. A l’approche de la ligne qu’il pourrait rejoindre avant la fin de semaine, il commence d’ores et déjà à remplacer son pavillon délavé par le temps et les embruns comme pour mieux saluer cet univers qui l’aura tant fasciné au cours de son voyage.


Mathieu Morverand

     De retour sur terre après

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