J+73 Le routeur, une aide à la navigation ou un simple confident ?

En Guyane, la chaleur et l’hygrométrie de l’air peuvent rendre le sommeil léger, surtout lorsque le cerveau bouillonne de réflexions et d’interrogations à postériori. Aurions-nous en effet pu éviter à nos rameurs de renoncer ainsi à leurs rêves en leur prodiguant de meilleurs conseils ? Aurions-nous pu les placer à coup sûr dans les veines de courants et de vents les plus favorables. Cette question nous a tiraillé toute la nuit dernière jusqu’à ce que le vent des Alizés, plus frais et plus sec que celui de la ZIC, se fasse entendre dans la végétation toute proche. Cette descente de l’anticyclone, à laquelle plus personne ne croyait, sauf les fragiles prévisions météorologiques, a fini par arriver sur la zone de nos marins, quelques heures seulement après qu’ils décident, à bout de force et d’espoir, d’abandonner et d’accepter la remorque du voilier d’assistance. Cette édition 2014 est réellement cruelle pour ces marins qui avaient repoussé très loin leur limites en puisant avec courage et abnégation au plus profond de leurs ressources physiques et morales. Ces péripéties qui ne seront bientôt plus qu’un bref intermède dans le cours du temps et des souvenirs nous amènent néanmoins à nous interroger sur le rôle du routeur. Celui-ci est-il vraiment indispensable ? En l’espèce, ce 22 décembre dernier, Rémy Landier, Patrice Charlet (alias Mac Coy) et Olivier Montiel n’étaient distants les uns des autres que d’une trentaine de milles à peine et quasiment sur la même longitude. Pourtant, seul Rémy a réussi à trouver la voie vers l’Ouest, Patrice et Olivier étant eux irrémédiablement emportés vers l’Est par un flux très puissant et pourtant invisible sur les cartes. Leurs routeurs respectifs auraient-ils pu empêcher cette bifurcation diamétralement opposée et les conséquences qui en ont suivi ? Les cartes quotidiennes des courants sur zone ne laissaient pas présager un tel scénario et les rameurs se trouvaient alors plus à l’ouest que les positions de ceux qui les avaient précédé quelques jours plus tôt et qui avaient finalement réussi à s’évader par l’Ouest. Avec l’émergence des nouvelles technologies et la capacité des skippers à recevoir à bord toutes les informations nécessaires, cette expérience pose clairement la question de l’intérêt de recourir aux services d’un routeur, est-il vraiment une aide à la navigation ou simplement un confident ? Les marins des célèbres courses au large sont-ils tous épaulés par un routeur ? Ceux de Rames Guyane ont-ils tous recouru aux services d’un routeur ? En d’autres termes, la réussite d’une telle traversée océanique n’est-elle pas exclusive du marin qui s’y engage corps et âme ? L’avenir de ce type d’épreuves sera certainement bien différent de tout ce que nous avons connu jusqu’alors. A méditer.

Rames Guyane J+73

Lorsque à l’aurore, ce si généreux vent des Alizés se confirmait, nous aurions pu nous en réjouir. Mais ce ne fut pas le cas, ce vent était en retard, son souffle n’aura jamais la saveur qu’il aurait pu avoir il y a à peine 24 h.

 

A l’ouest de la zone, ce brutal renforcement causa en revanche toutes les peines à Rémy Landier pour remonter sur le plateau continental le long de l’orthodromie, brassé par une mer hachée et effrayante l’empêchant de se mettre aux avirons. Mais le vent de Nord-Est, supérieur à 20 nœuds, se montrait si puissant que sa dérive l’emmenait tout droit vers la ligne à plus de 2 nœuds. Dès la bordure continentale franchie, la mer devint plus régulière et  il put reprendre sa route aux avirons. Il n’est plus maintenant qu’à 75 milles de l’arrivée tout comme le breton Didier Torre qui en termine également par la route du Sud à près de 3 nœuds. Partis sur cet élan, ils pourraient bien nous jouer la farce d’une arrivée pour le réveillon de la St Sylvestre. Nul doute que nous y serons nombreux, ces deux-là, comme tous les autres, le méritent bien !

 

Derrière, ces Alizés facilitent les progressions des uns et des autres mais malmènent les organismes et soumettent les nerfs à rude épreuve. La mer formée comme jamais depuis le départ pourrait se maintenir ainsi au moins jusqu’à jeudi soir avec des points à plus de 25 nœuds, voire 30 nœuds par endroits. Gérard Marie, au Nord en sera le plus affecté, mais cela lui permettra peut-être de franchir sans même freiner ces veines de courants si problématiques pour ceux qui y sont passés avant lui sous des vents indécis et mollassons. S’il y parvenait, ce que tout le monde lui souhaite, il pourrait en terminer plus rapidement que prévu. Au Sud, Mathieu Martin et Patrice Maciel progressent à vive allure, parfois à plus de 4 nœuds. Leur souci des jours à venir sera désormais de conserver leur cap vers l’Ouest puis le Nord-Ouest pour passer le Cap Orange malgré ces vents de Nord-Est désormais stables, bien établis et accordés avec la houle du Large.

 

Au centre, Patrice et Olivier ont été partiellement extraits des courants défavorables par le voilier « Béru » qui s’apprête à les relâcher dans une zone moins sensible afin qu’ils puissent reprendre leur route vers les îles du Salut. Désormais sans pression, ils envisagent de naviguer ensemble et de recourir à l’aide du cerf-volant si les vents le leur permettent.

 

Mathieu Morverand

     De retour sur terre après

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