J+69 Au cœur d'un conflit atmosphérique

Depuis la métropole ou d’ailleurs, la lecture de la carte des positions des rameurs peut laisser perplexe. Pourquoi certains rameurs ne vont pas dans le bon sens ? Pour quelles raisons repartent-ils vers l’Afrique à des vitesses aussi élevées ?

 

Sous un océan aux apparences stables et linéaires se cachent en fait des forces puissantes dont l’emprise se mesure en centaines de milles nautiques. Lorsque par malchance, on tombe dans une de ces veines de courants dont le flux est mal orienté, il devient extrêmement difficile de s’en sortir. Lorsque en plus, les rameurs  se trouvent au cœur d’un conflit atmosphérique, comme c’est le cas en ce moment sur zone, l’échappatoire prend une dimension complètement inaccessible. Avec le recours des différents modèles disponibles et les conseils des services météorologiques spécialistes de ces régions tourmentées, on découvre qu’une dépression calée sur la pointe du Brésil depuis plusieurs jours est à l’origine de ces vents de sud-est qui causent tant de tracas aux skippers et tout autant à leurs proches. Un vaste anticyclone a amorcé sa descente vers le Sud et devrait repousser ce système en amenant des vents de secteur Est-Nord-Est qui pourraient être établis aux alentours de 20 nœuds lundi et mardi. Dès demain, un basculement des vents est probable.

Rames Guyane J+69

Cette nuit, c’est l’arrivée de Catherine Barroy qui est annoncée. Après tant d’effort et près de 70 jours de mers, elle aura été contrainte hier soir, sur les conseils avisés de son routeur Benoît Souliès (skipper de l’édition 2012), de poser son ancre alors qu’elle ne voyait pas encore la côte afin de ne pas se faire emporter trop au Nord et de louper la ligne. Dès ce matin , elle avait enfin retrouvé des vents et des courants plus favorables. Elle put alors reprendre sa route en redoublant d’effort aux avirons pour réussir enfin à couper cette ligne. Elle navigue à présent à bonne allure et réajuste en permanence son cap afin de ne pas partir au Nord et de pas aller non plus vers cette côte encombrée de récifs et de brisants. Son arrivée est prévue dans la nuit, elle ne lâchera plus rien à présent avant d’y parvenir. Témoin à distance de son arrivée très prochaine, son exploit est salué par d’autres skippers, dont Patrice Maciel qui invite tous ceux qui le peuvent à venir l’accueillir à Kourou.

 

 

Derrière elle, Olivier Bernard et Philippe Malapert ont connu eux aussi la même dérive après avoir dépassé le Cap Orange et ont dû à leur tour jeter l’ancre en pleine mer dans l’attente de vents meilleurs. Dans ce moment délicat, Philippe indique que son seul objectif reste de traverser l’Atlantique à l’aviron et qu’il n’est pas question pour lui de renoncer si près de l’objectif. Le basculement des vents sera sans doute demain le signal de reprise vers les îles du Salut. Dans leur sillage avec l’espoir d’en finir dans un dizaine de jours, Mathieu Martin progresse à une allure désormais régulière. Malgré toutes les galères, il continue de s’émerveiller du monde qu’il traverse quotidiennement. Même quand c'est dur, l'aventure reste belle.

 

Au-dessus de lui, Patrice Charlet (alias  Mac Coy) et Olivier Montiel  ne parviennent pas à s’extirper de la nasse de laquelle il se sont enfermés depuis plusieurs jours. Pour Patrice, l’équation est simple, il ne dispose plus d’assez de vivres pour mener son projet à son terme. Conscient de cette situation, il pourrait solliciter le concours du bateau d’assistance « Le Béru » pour un remorquage lui permettant de rejoindre au plus vite le courant sud-équatorial. Pour l’heure , il s’efforce par tous les moyens de freiner sa dérive en adoptant un sens de déplacement opposé au courant.  Devant eux, Rémy poursuit sa progression vers l’ouest et n’a toujours pas rencontré cette veine de courants qui pourraient le repousser vers le Nord-Ouest.

 

Gérard Marie, quant à lui, navigue désormais au  plus près de la route de l'orthodromie mais se dit préoccupé par l’expérience malheureuse de ses deux collègues prisonniers de ce maelström. Après tout ce qu’il a donné pour en arriver là, il souhaite absolument couper la ligne.  Pour cela, il sait qu’il doit poursuivre ainsi et s’apprêter à descendre très bientôt vers le Sud à travers ce courant traversier avec l’espoir d’un passage moins compliqué.

 

Mathieu Morverand

     De retour sur terre après

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