J+45 Sous la constellation d'Orion

 Les fichiers météo GRIB  annoncent sur la zone des rameurs du nord un peu de pluie et sans doute quelques grains pour les jours à venir avec un vent qui se maintiendrait au moins jusqu’à samedi dans le secteur Est Nord Est rarement au-delà de 15 nœuds. Pour l’heure, selon leurs positions respectives, les skippers profitent de quelques éclaircies pour apprécier ce paysage chaque jour renouvelé. Perdu au milieu de l’océan, sous l’immense voûte céleste, Gérard s’amuse à se faire complice des Rois Mages sous la constellation d’Orion, savourant ces instants de pure contemplation que lui offre son voyage. Malgré tous les mauvais coups que lui assène l’océan, il parvient quand même à s’y plaire et à garder le moral, réfléchissant sur lui-même et sur le sens des choses, relayant ses difficultés au registre des tracasseries bénignes. Cette expérience semble devenir une forme d’ascèse qui lui permet de contrôler ses émotions et ses craintes et de les relativiser dans le cours de son existence. Isolé au cœur de l’océan, si loin des côtes et de ses proches, cette philosophie est remarquable et force l’admiration.

 

730 milles plus à l’ouest, de l’autre côté de la flottille, Jean-Pierre continue de caracoler en tête suivi de plus en plus près par ses poursuivants parmi lesquels Salomé qui affiche depuis quelques jours de remarquables vitesses (60 milles lors des dernières 24h) comme si elle désirait plus que tout à présent retrouver la terre ferme. Bien que vigilante et attentive aux évolutions des uns et des autres, elle ne voit aucun des autres rameurs qui évoluent pourtant à quelques milles seulement autour d’elle. Cette situation lui confère un curieux sentiment, bien loin de l’esprit de course qu’elle put connaître lors d’autres compétitions en suivant un adversaire à vélo dans sa roue ou à pied dans sa foulée. A défaut d’adversaires visibles, c’est finalement contre elle-même qu’elle relève chaque jour un nouveau challenge, celui de parcourir le maximum de milles et de se réjouir chaque soir en reposant les avirons du chemin parcouru.  Non loin de là, Laurent connaît bien les craintes qui portent sur le sort du petit peloton où il figure en bonne place, mais pour autant, il ne s’en inquiète pas lui-même, préférant penser que tout ira bien et qu’il franchira la ligne dans une quinzaine de jours tout au plus.

 

Dans son sillage, un des skippers connaît lui une sérieuse avarie. Après quelques errements de son pilote qu’il ne parvenait pas à expliquer, Philippe a en effet découvert que le problème venait de son safran complètement sorti de son axe. Il s’est alors mis à l’eau dans une mer formée pour tenter de le remettre en place, mais en vain. Sur les conseils de son équipe à terre, il prépare actuellement une réparation de fortune tout en essayant de conserver son allure à la dérive ainsi qu’une route qui lui permette d’éviter la zone de turbulences. Il semble y parvenir plutôt bien et s’en réjouit.

 

Aux prises avec une mer encore croisée et portés par des vents bien orientés mais faibles, Rémy Landier (n°84) et Olivier Montiel (n°7) continuent leur progression quasiment à la même vitesse en se rapprochant de l’orthodromie. Ils entament tranquillement un léger fléchissement de leur route vers le sud et devraient bientôt atteindre à leurs tours ces conditions si favorables qui accompagnent les skippers aux avants postes depuis maintenant plusieurs jours.

 

Mathieu Morverand

     De retour sur terre après

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