J+44 Aux portes du grand Sud

Depuis quelques jours, la situation de Didier et de Patrice tout au sud de la flottille inquiétait grand nombre d’observateurs soucieux de les voir tournoyer dans une zone problématique, face à un mur de courants contraires et coincés dans une convergence entre vents de nord-est et vents de sud-est. Dès le départ, Didier s’était engagé à la surprise de tous dans cette aventure incroyable à la quête du courant sud-équatorial. Sa stratégie consistait à attraper au plus vite ce flux favorable pour filer ensuite à toute vitesse vers la Guyane en contournant par le sud toute la zone de turbulences. Pour y parvenir, il fallait plonger au cœur de la Zone Intertropicale de Convergence, la fameuse « ZIC » ou « Pot au noir » et son cortège de conditions aléatoires, de grains et de vents indécis. Rapidement, notre marin breton fut confronté à une baisse d’allure en raison de vents instables et de moins en moins forts. Par ailleurs, sous les latitudes où il évoluait désormais, les vents ne soufflaient plus du secteur nord-est mais de plus en plus souvent du secteur sud-est, autrement dit aux trois quarts de face. Il dut alors entreprendre une longue navigation vers l’ouest à la seule force des bras sans l’aide ni des vents ni de la mer afin de rejoindre une zone à partir de laquelle il espérait pouvoir reprendre sa route. Il fut alors rejoint par Patrice M. qui suit désormais le même objectif aux portes du grand Sud. Immobilisés depuis quelques jours au-dessus du 5ème parallèle près du 30ème méridien, il semble néanmoins depuis une trentaine d’heures qu’ils aient tous deux retrouvé des conditions qui leur permettent de repartir enfin vers le sud. Ils nourrissent l’espoir de profiter rapidement d’un fort courant pour être transportés en plein cœur du flux sud-équatorial. La configuration actuelle (voir carte ci-dessous) pourrait être compatible avec cet objectif. 

C’est évidemment tout ce que nous leur souhaitons car ils méritent vraiment que leurs efforts titanesques soient récompensés par la concrétisation de leur projet. Les voir enfin emportés par ce fameux courant tant convoité comblerait de joie tous ceux qui les observent inquiets de les voir malmenés si près de l’objectif. La réussite de leur audacieuse entreprise constituerait une première dans l’histoire de l’épreuve et ouvrirait la porte d’une nouvelle route à la rame entre l’Afrique et la Guyane, celle du grand Sud. Gageons que les jours à venir continuent de leur être favorables.

 

Au nord, la bataille se poursuit aux avant-postes, on file à toute vitesse vers l’arrivée précédée de cette inquiétante zone de turbulences. Que va-t-il se passer à son contact ? Nul ne le sait et le suspense reste entier. Si la situation n’évolue pas et si Jean-Pierre conserve son cap et sa vitesse actuels, il devrait l’atteindre avant la fin de semaine aux alentours du 46ème méridien W par 6° Nord. Pour l’heure, il rame tout ce qu’il peut pour freiner les ardeurs de ses deux poursuivants immédiats stimulés par une vraie bagarre entre eux. Antonio s’était momentanément emparé de la seconde place, mais Harry ne s’est pas laissé faire et lui a repris il y deux jours au prix de longues heures d’efforts athlétiques à l’aviron. Derrière, les écarts se maintiennent et on flirte de plus en plus fréquemment avec les 3 nœuds. Un peu plus loin, le second groupe n’est pas en reste et maintient désormais des moyennes de plus de 30 milles parcourus en 24 heures malgré une mer croisée et des vents moins porteurs. Rémy Landier (n°84) et Olivier Montiel (n°7) font partie de ceux-là et redoublent d’énergie pour écourter le nombre de jours qui les séparent encore de la côte et de leurs proches.

 

Dans ce contexte, sous réserve que ces zones de turbulences ne réservent pas un mauvais tour à nos rameurs, il se pourrait que les prévisions énoncées par Pierre Verdu se confirment, ce qui nous mènerait à un franchissement de la ligne d’arrivée par le premier entre le 11 et le 12 décembre prochain, soit dans une dizaine de jours. Le vainqueur mettrait alors 54 jours pour rallier Dakar à la Guyane, autrement dit plus que le dernier concurrent de l’édition 2012. Cela confirme bien que le seul maître du temps dans ce type d’aventure reste l’océan. Au terme d’une folle traversée qui aura marqué tant les rameurs que ceux qui les suivent, la Guyane s’apprête d’ores et déjà à accueillir chaleureusement tous ces forçats de l’aviron.


Mathieu Morverand

 

 


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