J+24 Des ressources insoupçonnées

Au fil des milles, les skippers, même les moins aguerris, ont peu à peu réussi à faire corps avec leur bateau, en anticipant chacun de ses mouvements selon la force et la forme des vagues rencontrées, en acceptant les travers de cette carène pataude et en exploitant la moindre des occasions pour optimiser la glisse. Si ces occasions ont été rares lors des 20 premiers jours de course, on sent poindre à l’horizon depuis quelques jours des signes encourageants. Les vitesses augmentent à l’avant comme à l’arrière de la flottille et les caps sont beaucoup plus francs.

 

De son côté, Olivier Montiel, l’ardéchois (n°7), maîtrise de mieux en mieux son « Grain de Poivre », le cadet de la flottille, et se sentirait presque l’âme d’un coureur d’océan, lui le marin d’eau douce des rives du Rhône qui n’avait jamais goûté aux embruns du Large avant de s’embarquer dans la traversée. Et pourtant, comme d’autres avant lui par le passé, il a fini par s’accoutumer à cet environnement et à cette situation inédite, seul sur l’océan, vacant à la vitesse d’un modeste marcheur à la merci des vents et des courants. Il relativise ses petits tracas physiques ou matériels et analyse son quotidien avec lucidité, il s’amuse de cette escorte permanente de dorades aux couleurs vives et aborde chaque nouvelle journée comme elle vient sans vraiment se soucier ni de la course ni de la position des uns et des autres. Il se réjouit de quelques minutes d’arc gagnées sur une  grille virtuelle et se plait à soigner ses réglages de mieux en mieux. Il sait que le chemin est encore long et sans doute semé de nouvelles embûches mais il en faudrait plus désormais pour l’inquiéter, il reste serein et pressent la suite de son voyage comme l’occasion de nouvelles aventures intérieures dont il se régale.

 

Il faut au moins çà pour supporter ce cadre de vie spartiate, humide voir trempé, glissant et moite, salé à souhait et constamment balloté d’un bord à l’autre, de nuit comme de jour. Rémy Landier (n°84) s’étonne lui-même de réussir à surmonter ces conditions, à se fondre corps et âme  chaque jour un peu plus à cet environnement pourtant hostile. Lui l’aventurier des montagnes découvre là de nouvelles ressources humaines qu’il ne soupçonnait pas avant de partir vers l’horizon. Il se réjouit des contacts satellite quotidiens ou de la visite du bateau d’assistance venu hier lui rendre visite, mais il prend maintenant plaisir à retrouver sa solitude de marin du Large avec ses petites habitudes et sa relation intime avec le milieu. Lui aussi aura appris à apprivoiser son embarcation, à en surpasser les limites et à trouver le juste dosage d’effort à fournir pour le faire avancer comme il veut, ni plus ni moins.

 

Les rameurs franchissent les uns après les autres la longitude des îles du Cap Vert mais ils n’en ont pas pour autant terminé avec les turpitudes de l’océan. Certes le vent de Nord-Est qui sévit encore et toujours devient franchement Est-Nord-Est au-delà du 25ème méridien mais il faudra alors ébaucher une route idéale pour viser un passage forcément étroit à travers ce dédale de courants et de contre courants puissants et leur cortège de zones de convergence particulièrement agitées. La partie s’annonce pour le moins sportive et le sort de la course pourrait s’avérer moins scellé qu’il n’y paraît aujourd’hui selon les options qui seront choisies dans les prochains jours. Il reste bien difficile à ce jour de pronostiquer une date probable d’arrivée et plus encore de connaître l’effet précis qu’auront ces courants sur la route de nos petits bateaux. La force de ce flux sud équatorial n’a rien à voir avec les courants modestes rencontrés jusqu’alors par les marins au large des côtes sénégalaises. Nous ne disposons que de notre expérience des précédentes éditions pour s’en faire une vague idée, mais jamais, nous n’avons rencontré une telle configuration avec une zone de courants aussi étendue et des orientations aussi inhabituelles, contraires par endroits à la route des rameurs.

 

La suite de la traversée promet d’être passionnante tant pour les marins que pour tous ceux qui les suivent.

 

Mathieu Morverand

     De retour sur terre après

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