J+21 Tout l'océan se réveille

Tout l'océan se réveille

Au 20ème jour de course, la flottille occupe déjà une zone de plus de 4 degrés de longitude d’Ouest en Est et près de trois de latitude du Nord au Sud, chacun confirmant les stratégies mises en place au fil des jours de navigation. L’équipe du nord poursuit sa route parallèle à l’orthodromie tandis qu’au sud, Antonio et Didier tentent le pari osé de flirter avec la zone intertropicale de convergence en profitant de son flux d’est sous un ciel voilé. Cette option pourrait se révéler judicieuse si  la ZIC restait sous les latitudes actuelles d’autant que la configuration très particulière du courant sud-équatorial cette année devrait obliger la flottille à une approche plutôt par le sud si la situation devant la Guyane demeure en l’état actuel. Cela permettrait aux sudistes de naviguer l’essentiel de la traversée au portant. Le seul risque serait de voir la configuration de vents de Nord-Est rencontrée par les marins en 2012 s’établir plus tôt que prévu sur la zone, notamment à la faveur d’une descente générale de la ZIC sous l’Equateur.

 

D’autres ont préféré opter pour une bouée fictive à virer située approximativement au N 04° 50’ – W 50° afin d’appréhender la ligne d’arrivée avec une large marge de manœuvre. Ils feront de cet objectif transformé en « Waypoint » (position enregistrée sur le GPS) leur cap à suivre dès la longitude des îles du Cap Vert franchie. Ce passage symbolique entre le 23ème et le 25ème méridien est vivement attendu par tous les skippers qui aspirent à s’installer enfin dans ce que Jean-Pierre qualifie de « routine » du Large tant les conditions qu’il rencontre lui paraissent maintenant favorables. Malgré sa position de leader, il garde le souvenir de son départ laborieux et mesure donc d'autant mieux le plaisir de cette navigation quasiment  dénuée du risque de marche arrière. Le fait d'être en tête et de conserver son avance conforte son bonheur même si il relativise cette notion de course. Comme Salomé, Olivier B et d’autres, il s’émerveille des univers qu’il traverse avec  son frêle esquif, l'océan entier semble à ses yeux se réveiller, la faune qu’il entoure devient de plus en plus présente et le fascine autant qu’elle le surprend par son authentique grâce.

 

A l’instar d’Olivier Montiel, chacun mesure pleinement sa fragile condition d’être humain au plus fort de ses émotions lorsqu’il s’agit par exemple d’immerger son corps pour nettoyer sa coque, laissant ses jambes flotter au-dessus d’un vaste monde de plusieurs kilomètres de profondeur grouillant de vie. Difficile depuis la côte de bien appréhender là où se trouvent ces marins, de jauger le niveau d’intensité de ce que leurs sens perçoivent en permanence,  d’apprécier les proportions des espaces qu’ils parcourent qui sont de nature à donner le vertige à quiconque s’aventurerait à les mesurer. Derrière les petites illustrations qui évoluent lentement sur l’écran bleu, se trament de véritables aventures intérieures pour chacun des marins, nul d’entre eux n’en sortira indemne, quoique leur pudeur ou leur fierté puissent laisser transparaître. Tous ceux qui l’ont vécu, sans exception, ont fini par reconnaître non sans une grande émotion, le caractère profondément intrusif de ce type d’expérience. Le monde pour tous ces marins ne sera résolument plus le même après.

 

Même les quatre mousquetaires  du nord qui mènent une bagarre passionnante à la poursuite de Jean-Pierre trouvent le temps de la contemplation. Dans ces moments, les petits tracas deviennent secondaires, tous ont appris à faire corps avec la mer plutôt de lui opposer une vaine résistance. En ces lieux, l’esprit est bien plus utile que la force. Rémy Landier l’a bien compris et relativise ses conditions de vie spartiates et difficiles, baignées dans une atmosphère moite et humide en permanence.

 

Mais c’est à l’arrière de la flottille qu’il convient de décerner la palme de la combativité, à ceux qui voient leur compagnons s’évader à la faveur de meilleures conditions tandis qu’ils luttent toujours de leur côté contre ces vents persistants de nord-nord-est. Gérard, dans le sillage de ses amis, a retrouvé le moral, sa bonne humeur réjouit tout le petit monde de la course qui aspire à le voir enfin gagner le large à son tour. A présent, il ne voit plus les lumières de la côte ni même le halo qui l’inquiétait la nuit mais simplement le clair de Lune sous lequel il prend plaisir à naviguer. Il admire le vol des oiseaux qui lui ouvrent les portes du Large et observe ébahi le ballet des dorades coryphènes.

 

Les conditions météo pour la période à venir semblent se maintenir avec des vents modérés (8 nœuds) orientés au nord à l’est de la zone et établis nord-est à 12 nœuds à l’ouest de la zone.  Au sud, les rameurs pourront trouver un vent oscillant faible avec une houle résiduelle de nord-est. Le ciel pourra être couvert au sud et à l’ouest. Les conditions restent très favorables au-delà du 25ème méridien.

 

Quelques que soient désormais les options retenues, l’échiquier de l’épreuve semble peu à peu se mettre en place aux portes du grand Large mais à 20 jours du départ et à plus de 1700 milles de l’arrivée, toutes les hypothèses restent encore possibles.

 

Mathieu Morverand

Positions au 8 novembre
Positions au 8 novembre

     De retour sur terre après

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